Autour de 6 pintes, d’un verre de vin blanc, après une tentative de vol de sac, potentiellement un bar gay, nous avons fini par interviewer Jérémy Charbonnel. Un homme, drôle sur scène et dans la vraie vie, voici son portrait.

Culture Creators : Jérémy, dis-nous tout.

Jérémy Charbonnel : Jérémy Charbonnel, 29 ans, originaire de Lyon, étudiant en école de commerce et finalement Parisien. A Paris, j’ai commencé à me former au Studio Pygmalion puis au Laboratoire de l’acteur, chacun pendant un an. Après ces deux ans j’aurais pu continuer à faire des formations d’acteur des années durant, mais si je voulais commencer à vivre de mon métier il fallait que je construise un projet concret, qui puisse me permettre d’être sur scène, de jouer, de faire venir des pros, de créer mon réseaux. C’est de là que m’est venue l’idée du One Man Show. Mes parents à l’époque me donnaient un an et demi pour avancer. J’ai donc commencé à écrire des sketchs et je me suis surtout formé à l’improvisation (à la LIFI, la ligue française d’improvisation) en parallèle de l’écriture de mon spectacle. Mon premier sketch je l’ai joué à Lyon, devant ma famille et mes potes, et ça s’est tellement bien passé qu’on m’a autorisé à rester à Paris pour écrire la suite. Le véritable tournant dans ma carrière fut le film Cloclo, qui m’a permis d’avoir une vraie crédibilité, surtout auprès de ma famille ! Pour l’anecdote, j’ai joué mon tout premier spectacle, le même jour que la lecture du scénario de Cloclo. Plutôt bonne journée. (rires)

Culture Creators : Comment en es-tu venu à faire de l’humour ?

Jérémy Charbonnel : Avec l’adolescence, les potes, le temps, on oublie ce que l’on faisait enfant et le côté instinctif de la chose. Pour citer un artiste que peu connaisse, Picasso disait :  « Dans chaque enfant il y a un artiste. Le problème est de savoir comment rester un artiste en grandissant. ». Les parents, qui eux veulent qu’on puisse construire une famille, subvenir à nos besoins et pouvoir vivre plutôt aisément ont forcément envie qu’on prenne une voie générale, mais j’ai choisis de prendre ma voie. La fibre de l’humour m’est venu par des faits bien plus personnels.

Ma mère est la dernière de sa famille, et moi, je suis le plus jeune de mes frères, donc quand j’étais enfant j’ai perdu beaucoup de personne de ma famille très rapidement. De mon CM2 à ma 3ème j’avais un enterrement par an, toujours du côté de ma mère. J’ai donc développé l’humour pour protéger ma mère. Normalement ce sont les parents qui ont le rôle protecteur envers les enfants, mais ma mère, après avoir perdu tout son entourage proche, était fragilisée. Alors, lors des repas de noël, un particulièrement triste, je me suis déguisé, perruque, maquillage, tout pour faire rire l’ensemble de la famille. Le système parent/enfant s’est donc un peu inversé pendant cette période je protégeais ma mère par le rire. Ce qui m’a permis, moi de trouver ma voie. Tout ça t’en prends conscience plus tard, avec la question « pourquoi je fais tout ça ? pourquoi je fais de la scène ? d’où me vient se côté artiste ? ». J’ai ouvert des portes qui m’ont permis de comprendre les pourquoi du comment.

« Tu as fait le Studio Pygmalion, tu vas travailler »

Culture Creators : Ton humour , est incisif, tout le monde en prend pour son grade, mais as-tu réellement tout vécu dans ton spectacle ?

Jérémy Charbonnel : Oui, à l’heure actuelle mon spectacle est autobiographique. Au début de ma programmation au Point Virgule, la directrice artistique m’a dit qu’on ne me voyait pas assez pendant le spectacle. Pourtant j’étais bien une heure sur scène, on ne pouvait pas me louper ! En fait elle voulait dire par là qu’on veut savoir qui tu es, comment tu ressens les choses. Oui, je suis ce qu’on peut appeler un jeune homme de bonne famille, on ne peut pas dire que je viens des banlieues, et j’ai reçu ce qu’on appelle une bonne éducation. Je fais attention à ce que je dis pour ne pas choquer ou blesser les gens. Mais au fond, parfois, j’aimerai être un gros connard. Alors, oui, le spectacle c’est le moi que je ne peux pas être dans la vraie vie.

Culture Creators : Comment as-tu trouvé ton rôle dans Cloclo ?

Jérémy Charbonnel : En arrivant sur Paris j’ai planté des graines sans le savoir. Après le Studio Pygmalion, je me suis rendu à Pôle Emploi spectacle ! Oui ça existe (rires)

J’ai pris rendez-vous avec une personne qui s’occupe des comédiens. A l’époque il ne pouvait pas m’ouvrir de fichier comédien parce qu’il fallait soit être intermittent, soit faire une formation référencée par l’Etat. Il m’a finalement dit : « vu que tu as fait le Studio Pygmalion tu vas travailler, je t’ouvre ton dossier ! ». Quatre années plus tard, Olivier Carbone directeur de casting de Cloclo m’appelle, et me dit j’ai vu tes photos à pôle emploi spectacle et je veux te rencontrer. Tout est parti de là.

Culture Creators : Et Georges Simenon alors ?

Jérémy Charbonnel : Georges, formidable. Auteur belge ! Je suis arrivé dans cette aventure par hasard. A cette époque j’avais fait un publipostage, avec mes photos de comédien et mon CV et 4 ans après Fabienne Bichet m’appelle pour L’escalier de fer. Elle me dit « J’ai retrouvé tes photos et il y a un réalisateur qui aimerait te rencontrer. Demain 10h. Je t’envoie les essais avec la scène de fin ». J’y vais, je rencontre le réalisateur, fait mon casting comme les autres candidats et en sortant je me dis : « ok j’ai été nul, c’est pas pour moi le rôle »… Puis, quelques jours plus tard il m’appelle et me dit que je suis pris. Denis Malleval fait confiance à ses équipes, on s’est bien entendu. C’est pour ça que sur le Simenon suivant, La Mort d’Auguste, il m’a appelé et m’a dit « si le rôle te plait c’est pour toi ». Denis Malleval est une merveilleuse rencontre, tout comme le producteur de ces deux téléfilms Jean-Baptiste Neyrac.

Culture Creators : Georges Simenon c’est une référence ou c’est un concours de circonstances ?

Jérémy Charbonnel : Non, j’ai découvert Simenon en amont du tournage sur la préparation du film. C’est aussi ce qui me plait dans mon métier d’acteur, c’est que j’apprends à découvrir un tas de choses, et je construis ma propre culture personnelle. J’adorais le sport étant petit, la culture générale à l’époque j’avais pas bien compris le principe (rires).

Culture Creators : T’aimerai revenir sur grand écran ?

Jérémy Charbonnel : Oui, j’aimerai clairement revenir sur petit ou grand écran, téléfilm ou long métrage. Réussir à mêler la fiction et le spectacle vivant ce serait formidable. Je pense que ce sont deux arts complémentaires en termes de performance et de travail, c’est pour ça que j’aimerai développer les deux.

De plus, mes films sont aux antipodes de la comédie et de mon one man show. Et à une époque où il est bon d’être dans des cases, moi, je suis dans pleins de cases. D’ailleurs tout le monde cherche le nouveau Tchao Pantin, venez donc voir bibi ! En France, on a du mal avec la pluridisciplinarité, tu vas aux Etats-Unis, tu vois un mec qui danse, chante, et fais des claquettes en même temps on va le pousser à continuer et on dira que c’est un génie. En France tu fais tout ça on te dit il ne sait pas ce qu’il veut !

Culture Creators : Avec qui aimerais-tu travailler ?

Jérémy Charbonnel : Dans le One Man, je dirai Alex Lutz parce que j’admire vraiment son travail. De plus, je n’ai pas de metteur en scène donc je fais passer un petit message ! (rires)

Au théâtre j’adorerai jouer dans une pièce de Florian Zeller, un auteur contemporain et un écrivain que j’adore. Deuxième message (rire)…

En acteur ou réalisateur, j’aimerai vraiment travailler de nouveau avec Florent Emilio-Siri parce que j’avais énormément apprécié son travail sur Cloclo et sa bienveillance. Il y une jeune réalisatrice aussi, qui s’appelle Céline Sciamma, qui a réalisé Tomboy, Bande de fille, La Naissance des pieuvres et je trouve qu’elle a une manière de filmer les acteurs formidable. J’aimerai vraiment me trouver devant sa caméra.

Culture Creators : As-tu des projets sur la fin d’année ou début d‘année prochaine ?

Jérémy Charbonnel : Je prolonge au Point Virgule ! Et oui exclu ! Je jouerai tous les dimanches et lundis à 20h jusqu’en juin, ça fait super plaisir ! Du côté du cinéma, avec mon agent, on essaye de démarcher des directeurs de casting. Je travaille aussi avec un mec chez M6 pour une émission prochainement peut-être… (rires)

Culture Creators : Tu penses que que la motivation prime sur le talent, ou l’inverse ?

Jérémy Charbonnel : A mon avis, à 400% la motivation prime sur le talent. Tout mec talentueux qu’il soit, s’il ne travaille pas ne réussira pas.  Il y aura toujours l’exception qui confirme la règle, bien évidemment. Mais pour moi c’est l’artiste qui est le moteur de sa carrière. Jacques Brel disait : « Le talent ça n’existe pas. Le talent, c’est d’avoir envie de faire quelque chose. »

Culture Creators : Tu te considères bosseur ou fainéant ?

Jérémy Charbonnel : Honnêtement, je pense être un bosseur, de ce qu’on me dit je suis aussi très réactif. Mes études en école de commerce m’ont aidé c’est indéniable. Mais à l’heure actuelle je suis toujours en auto-production, et tout seul je ne sais pas si je pourrai passer ce cap fatidique. J’aimerai vraiment trouver un producteur qui croit en mon travail, en mon univers, et je suis sûr qu’avec sa connaissance du métier, mélangée à mon énergie et à mon dynamisme, on devrait arriver à quelque chose de très sympa (rires).

« Clara Morgane veux faire une pub avec toi est-ce que je peux lui donner ton numéro ? »

Culture Creators : Comment tu définis « être de bonne famille » ?

Jérémy Charbonnel : Alors, « être de bonne famille », c’est vrai que beaucoup de gens pensent directement à un bourgeois. Mon père était entrepreneur dans le bâtiment, j’ai vécu dans l’ouest lyonnais, j’habitais dans une maison, avec un jardin, j’allais jouer au tennis à vélo, une vie sans trop de soucis de mon point de vue. Ni bourge, ni aristo, je n’ai jamais manqué de rien et j’ai reçu une bonne éducation. Voilà comment je définirai un enfant issu de bonne famille.

Culture Creators : Dans 5 ans où te vois-tu ?

Jérémy Charbonnel : Dans 5 ans, je crois que je fais un live avec M6 à Bercy pour mon spectacle (rires). Plus sérieusement, j’aimerai faire un super film qui marque les gens, aller chercher un césar, pourquoi pas aller à Hollywood ! Il faut continuer de rêver ! Déjà je ne sais pas ce que je fais dans 6 mois… Une chose est sûre j’aimerai pouvoir continuer ce métier, pouvoir continuer à en vivre, fonder une famille qui c’est ?

Culture Creators : Si la vie artistique ne marche pas, qu’envisagerais-tu ?

Jérémy Charbonnel : Ah ça, je n’en sais rien honnêtement. C’est une possibilité que je n’envisage bien évidemment pas. Mais très bonne question, je pense que je ferai un truc que j’aime. L’évènementiel, l’organisation, la production, … tout est possible ! Je pense être assez débrouillard pour pouvoir retomber sur mes pattes. Par contre, si dans vingt ans tu me vois faire le père Noël à la sortie d’Intermarché s’il te plait, Glen, tu me mets une grosse claque ! (rires) J’ai toujours envie de croire que je peux vivre de ma passion !

Culture Creators : Dans ton spectacle, tu expliques que tu as tourné une pub avec Clara Morgane. Alors, elle est comment ?

Jérémy Charbonnel : Elle est comme un fantasme (rires). En fait, ça a commencé avec un pote qui était avec moi en école de commerce, et qui m’a gentiment envoyé un sms « Clara Morgane veux faire une pub avec toi est-ce que je peux lui donner ton numéro ? ». Ma réaction fut bien évidemment de lui répondre « C’est ça, moques-toi de moi ! ». Au final, le lendemain Clara m’appelle, me présente le projet et m’envoie le scénario. Me voilà parti chez elle, pour un petit essai et ça l’a fait. Le soir en rentrant, ma femme me demande « t’étais où ? » et je lui réponds que j’étais chez Clara Morgane… Improbable, mais vrai. (rires)

Culture Creators : Tu n’es pas un connard, ça on le sait, mais t’arrives-t-il d’être « border » ?

Jérémy Charbonnel : Malheureusement, dans notre métier il faut mettre des formes pour dire les choses, et je suis personnellement très franc et cash. Donc je peux peut-être vu comme tel, mais ce n’est pas voulu. Je suis quelqu’un d’ouvert d’esprit et aujourd’hui on m’a appris à dire les choses. Et ça change tout.

Culture Creators : Sur ton site, tu mets en avant ton côté Youtubeur, est-ce que c’est quelque chose que tu veux continuer ?

Jérémy Charbonnel : Disons, qu’aujourd’hui je développe mes réseaux sociaux parce que c’est devenu indispensable de le faire. C’est le fruit d’une réflexion avec le Point Virgule, le but est de créer une passerelle entre le spectacle vivant, mon personnage au point-virgule et mon image sur la toile. C’est donc une partie intégrante d’un plan de communication 3.0.

Retrouvez Jérémy Charbonnel sur les planches au Point-Virgule au 7 rue Sainte-Croix de la Bretonnerie jusqu’à la fin de l’année et même après, à voir sans modération !

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Pour finir, son site internet bien fleuri ici pour ne rien rater de son actu !