Vaporwave. Derrière ce terme se cache un genre musical difficile à définir, né il y a à peine une dizaine d’années et issu de la fascination de millions d’internautes pour l’esthétique rétro des eighties et nineties.

La super-culture des internets

Bien plus qu’une sous-culture, la vaporwave est devenue une super-culture au fil des années. Les bugs, les thèmes Windows 95, le pixel art, la culture internet, les dessins animés, anime japonais et les jeux vidéos rétros ne sont que la partie visible de cet iceberg musical définitivement envoûté par l’esthétique de Tokyo, de ses rues et de ses néons.

Né dans les années 2000, la vaporwave regroupe toute cette musique capable d’évoquer une nostalgie rétro pour la génération 80-90: disco, synthwave, nouvelle vague, lounge, ambient, musique d’ascenseur…

Mais là où la vaporwave fait fort, c’est qu’elle est bien plus qu’un genre musical. C’est une véritable culture née sur internet et faite par sa communauté d’artistes, passionnés de musique, geeks et designers. Alliant à la fois musique, vidéo, webdesign, programmation, photomontage et je ne sais quoi d’autre, elle cherche à décrire ce sentiment que vous donne des mégalopoles comme Tokyo. Le parfait mélange entre la tradition et la modernité, la foule et l’individualité.

En soi, on pourrait voir la vaporwave comme une évolution de l’hypnagogic pop, une sensibilité musicale née au milieu des années 2000 et marquée par cette préoccupation pour la mémoire culturelle et la nostalgie directement liée à la musique eighties, l’entertainment et la technologie.

Le terme d’hypnagogic pop se retrouve dans un article de David Keenan pour The Wire en 2009 et crédite notamment des artistes lo-fi comme James Ferraro, Ariel Pink et Zola Jesus.

Plus simplement, les royaumes hypnagogiques sont ceux entre l’éveil et le sommeil, cette zone limite laissant libre droit aux hallucinations sonores et visuelles précédant le rêve.

Une fascination pour l’esthétique rétro

Dès le départ, la vaporwave s’est rapidement associée à cette admiration pour le rétro et notamment Tokyo. Une ville qui incarne parfaitement la nostalgie des 80’s, le design kitsch et coloré des 90’s.

La vaporwave est devenue la bande-son de cet état d’âme des gens qui aiment à rêver dans le passé. Flamands roses en plastique, Windows 95, le pixel art, autant de choses qui incarnent ces années où tout changeait et où l’art se déclinait à l’infini. Tokyo c’est cet endroit où tout se mélange librement et sans jugement, où l’épuré ultra moderne se mêle au rétro complexe et coloré.

Décrire la dystopie et la mélancolie

L’un des artistes phares du genre, Hong Kong Express, explore ce thème régulièrement. Je ne peux imaginer aucune autre musique capable de décrire ce sentiment propre à Tokyo, Shanghai ou Hong-Kong en un seul instant. C’est assez remarquable.

Au-delà de la musique, le genre a aussi donné naissance à une grande richesse d’art visuel dans la même ambiance.Le label le plus prolifique de Vaporwave est Dream Catalogue. Voici ce qu’écrivait son propriétaire en 2014 (traduit du super article de Pieter Levels).

« La vaporwave a vraiment ravivé mon amour pour la musique, à un point où je l’apprécie autant maintenant que lorsque j’étais adolescent.

Avant ça, je passais beaucoup de temps en 2013 à écouter de la spacey drum et des bass mixes tout en regardant des vidéos sur YouTube: des gens conduisant la nuit, en plein Tokyo ou à Hong-Kong. Je me posais avec ma bière et cette association créait chez moi un sentiment étrange que je n’avais jamais ressenti auparavant.

Puis j’ai trouvé la vaporwave, et c’était comme si elle faisait déjà tout ça pour moi, sans avoir à caler la musique sur les vidéos ou boire de l’alcool. »

Quel avenir pour le genre?

Le genre en lui-même est apparu après cette vague du Chillwave et de la Dreampop, qui cartonnait vers 2012. Un truc qui a tourné un peu mais qui n’a pas fait long feu. La vaporwave est un peu ce qui reste de tout ça, mais comme une évolution. Washed Out est sûrement un de mes coups de coeur en matière de Dreampop/Chillwave/Synthpop.

La vaporwave ne se veut pas prétentieuse. À la manière de 4chan. C’est un phénomène internet qui est tel qu’il est, sans rien à prouver. Il est aussi random que 4chan: ne cherchant pas vraiment à se définir ni à établir des codes.

Si c’est toujours un peu compliqué à comprendre, la vidéo ci-dessous se veut assez explicative.

Certains surnomment la vaporwave « sadboy », pour une raison assez explicite, c’est une musique qui décrit parfaitement cette génération voulant s’échapper de leur quotidien et juste rêver.

Personne ne sait vraiment combien de temps la vaporwave va encore durer jusqu’à ce qu’elle devienne un cliché d’elle même. Mais pour le moment, c’est assez plaisant.