Le choc

Cette semaine, point de Récap. Point de VHS non plus. Pourquoi ? Parce que j’ai décidé de combiner les deux concepts pour n’en faire plus qu’un. Pour cette semaine, tout du moins. J’ai envie de vous faire découvrir autre chose. Quelque chose qui vient des tréfonds de mon coeur, la première expérience de cinéma qui m’ait profondément boulversé.

Vous me direz que j’en fait trop. Que mon exagération est probablement une ruse d’indien, ou plutôt de rédacteur, destinée à masquer ma flemmardise. Pourtant, vous vous trompez. Parler du cinéma français est, pour moi, un vrai déchirement tant il existe de long-métrages produits dans notre beau pays que j’aimerais oublier. Pourtant mon coeur ne supporterai pas d’oublier de talentueux réalisateurs tel Claude Lelouch, à l’oeuvre colossale mais néanmoins si controversée.

 » Dans la vie quand une chose n’est pas sérieuse on dit que c’est du cinéma. Pourquoi vous pensez qu’on ne prend pas le cinéma au sérieux ? »

Un Homme et une Femme fait partie des films qui ont été un vrai choc pour moi et sans lesquels je ne serais peut-être pas là, à vous parler audiovisuel trois fois par semaine et même plus quand le coeur y est. Et pourquoi donc ce choc me direz-vous ? Méfiez-vous cependant, c’est le deuxième pourquoi que vous me lancez, vous commencez à radoter. J’y viens, j’y viens…

Lelouch, un homme et sa caméra

Le moins qu’on puisse dire, c’est que Lelouch ne s’est pas foulé sur son idée de base. Tranquillement assis dans le sable sur la plage de Deauville, il voit, au loin, une femme jouant avec un enfant. Et là « pam ! » c’est le déclic. Un Homme et une Femme c’est l’histoire simple de la rencontre entre Jean-Louis, pilote professionnel et Anne, script-girl habitant rue Lamarck, dans le 18e. Une rencontre à laquelle ils ne s’attendaientnt pas.

En partant de ce scénario simple, Claude Lelouch fait des merveilles. Des merveilles de réalisation. Des plans en traveling magnifiques, sur les plages de Deauville, mais aussi des circuits automobiles, toujours filmés avec une mélancolie fantastique et accompagnée par la musique idyllique de Francis Lai. Regarder Regarder Un Homme et une Femme, c’est accepter de lâcher prise, d’aller au delà de ce qui est raconté pour s’envoler avec les personnages. Dans un souffle. Dans une frêle bulle de coton, de savon.

Le réalisateur s’applique à respecter au maximum ce vieil adage du cinéma disant que, plutôt que d’expliquer une scène en utilisant la voix d’un personnage ou une voix off, il est préférable de la montrer. S’en suit ainsi des parallèles surprenant, dans lesquels souvenir, réalités et imagination se mêlent, se nourrissent et s’exaltent. Tout comme se mélangent les scènes en couleurs, en sépia et en noir et blanc.

Malgré un montage parfois un peu brouillon et inégal, Claude Lelouch expérimente, s’amuse, avec des plans fixes assez longs, jouant au maximum la carte de la multiplicité des niveaux de lecture. Toutes les couches de l’image montrée à l’écran sont importante. La profondeur, c’est le maître mot de la réalisation de Lelouch sur ce long-métrage.

un-homme-et-une-femme

Un acting glaçant de sincérité

La fascination que l’on peut ressentir en regardant ce film est en grande partie due à ses acteurs. Un Jean-Louis Trintignant, rationnel, rassurant, déterminé d’un côté. Une Anouk Aimée, belle, pétillante mais aussi mélancolique de l’autre. Certains diront qu’ils sont froid. Moi je dis qu’ils jouent le plus justement du monde. L’homme et la femme sont tous deux glaçants, certes, mais glaçant d’une sincérité incroyable, comme si leur passé les empêchait de se reconstruire, d’avancer.

Un jeu d’acteurs qui repose également sur des textes qui sonnent très vrai. La scène du restaurant, avec les enfants étant l’apogée ultime de cette vérité, opposant le monde des « grands » au monde de l’enfance. D’ailleurs, je vous demanderais bien un tonnerre d’applaudissement pour ces deux jeunes acteurs jouant les enfants. J’attends… Je veux vous voir applaudir devant votre écran…

« C’est incroyable de s’empêcher d’être heureux »

On retrouve également l’idée de profondeur que souhaite inculquer Lelouch dans son film, avec sa caméra, dans le regard des personnage. La scène d’amour de la fin du film est particulièrement touchante, tant on se perd dans le regard d’Annie. On y voit ses désirs refoulés, l’appel du passé, la beauté froide du destin, qui ne laisse aucune marge au choix.

Une danse envoutante, où sons et musiques se mélangent

La gestion du son est également cruciale dans la construction du film. En effet, si le long-métrage de Lelouch est composé de parallèles graphiques entre les deux principaux protagonistes, ils sont renforcés par les mélanges des sons du bord de mer, des tournages de films d’action et des circuits automobiles. Cela permet d’instaurer un véritable liant entre les personnages et entre les différentes phases de l’action.

Et comment parler d’Un Homme et une Femme sans parler de la musique culte de Francis Lai. Une bande son qui résonne comme une valse longue et lente qu’on aimerai ne jamais arrêter. Je vous laisse déguster ça.

En conclusion, et malgré les critiques qu’on peut lui faire, Un Homme et une Femme reste un pilier du cinéma français qui ressort au cinéma dans une version restaurée ce mercredi. Il nous parle avec intelligence de l’amour, du destin et de notre rapport au passé. Lelouch vient briser la théorie de Kant selon laquelle « la raison est notre boussole ». Pour lui, la raison ne peut nous permettre de comprendre les forces qui nous déplacent, qui nous font prendre telle ou telle décision. Le film traduit toute la futilité de l’existence humaine. Le spectacteur finit par se rendre compte que sa vie de tient à rien. Ou plutôt si.

 A une rencontre fortuite.

Un télégramme enflammé. 

Ou à un numéro de téléhpone écrit sur un mouchoir.

« Montmartre 15 40 », « Montmartre 15 40″…