Si on vous dit électro azérie, biélorusse, cubaine ou alors singapourienne, vous en pensez quoi ? Difficile ne serait-ce que de citer un artiste ou alors le style majeur de musique électronique qui règne dans ces pays, nan ? Cette rubrique est LA solution pour gommer ces inconnues et développer votre culture musicale tout en voyageant aux quatre coins du monde.

Pour ce premier épisode, départ en Azerbaïdjan ! Vous allez me dire, pourquoi ce pays ? Et vous auriez raison. La réponse en vidéo :

Bien que cet « artiste » m’ait offert une première image quelque peu mauvaise de la scène électro azérie, je me suis interrogé sur la possibilité que ce pays soit le lieu de résidence de DJs au talent indéniable. Je vous spoile dès à présent le résultat de mes conclusions, l’électro azérie mérite véritablement qu’on s’y intéresse.

Le Mugham azéri, style musical phare

Pays d’Asie occidentale situé dans le Caucase, l’Azerbaïdjan est un ancien état soviétique ayant obtenu son indépendance le 30 août 1991. Aujourd’hui peuplé de plus de 9 millions d’habitants, le pays possède une économie dépendant principalement des exportations pétrolières en Europe de l’ouest. Fort d’une histoire riche et complexe, les Azéris ont développé une culture particulièrement originale dans de nombreux domaines, et notamment dans la musique.

Friands de musique folk, les Azéris ont, depuis de nombreuses années maintenant, travaillé ce style musical afin de lui donner différentes formes et nuances. Bien qu’il soit complexe de s’en rendre compte, les compositions rattachées au genre du Mugham azéri ont tendance à être considérées comme les plus abouties. Cet art laissant part à l’improvisation, associe à la fois instruments traditionnels et poésie classique. N’espérez pas pratiquer le Mugham par vous-même puisque aucune œuvre n’est écrite, la transmission entre artistes étant la clé de voûte de ce style musical. On vous conseille vivement d’aller écouter quelques morceaux d’un des maîtres du genre, l’artiste Alim Qasimov.

 

Des freins trop importants

Mondialisation aidant, la musique azérie n’a cessé de s’ouvrir à des genres nouveaux ces dernières décennies. Il est d’ailleurs possible, en cherchant un peu, de trouver des « références » de chaque genre sur internet. Qu’en est-il de la scène électro dans ce pays ? Le moins que l’on puisse dire, c’est que celle-ci connaît de multiples difficultés pour définitivement éclater et s’offrir un rayonnement international. A titre d’exemple, rares sont les adeptes de musique électronique, tous styles confondus, à être en mesure de citer ne serait-ce qu’un nom de DJ azéri.

Alors, quelles sont les raisons de cet échec ? Dans son interview pour l’excellent label Dealer de Musique, le DJ d’origine azérie, Akshin Alizadeh pointe du doigt plusieurs problèmes. Le premier d’entre eux étant le manque flagrant d’originalité d’un grand nombre d’artistes préférant miser sur des classiques house et trance. Difficile en effet d’innover sur ces genres où les succès viennent bien souvent des pontes du milieu. La seconde raison évoquée par l’artiste, et qui illustre une nouvelle facette du monde de la musique électronique, c’est la signature des DJs azéris pour des pseudo-labels à la reconnaissance limitée. Ces structures aux moyens parfois dérisoires se retrouvent donc en charge de la promotion de talents inconnus et donc peu recherchés sur le marché. Malheureusement, cela forme un véritable frein à l’ascension de l’électro azérie qui ne peut s’offrir de tête d’affiche et reste bloquée à l’état d’embryon…

Un potentiel indéniable

Bien que parfois brouillons voire décontenançant à la vue de leur discographie très, très variée, certains DJs azéris possèdent un potentiel indéniable et ne demandant qu’à être exploité. DJ AKG, Leo Hazree, Gurban Abbasli, Arif Flash, Cestlek, Ekort, MgStack ou encore C.o.R & Crank… Ces noms ne vous disent probablement rien mais ces artistes talentueux représentent aujourd’hui les figures de proue de l’électro azérie. Ces derniers profitent d’ailleurs du rayonnement international nouveau de Baku pour se produire de plus en plus régulièrement au sein des nombreux clubs de la capitale tel que le fameux Eleven. Ce développement exponentiel doit sans nul doute servir de tremplin pour des artistes ayant enfin une occasion de s’offrir de la visibilité.

Malheureusement, seuls quelques-uns arrivent légèrement à tirer leur épingle du jeu pour le moment. On peut ainsi évoquer le spécialiste deep house et deep tech Ronfoller qui excelle notamment dans l’art du remix. Une autre constante réside également dans le fait que les DJs azéris ayant les discographies les plus abouties et réussies sont ceux assumant clairement un parti pris musical. En effet, certains, avec la probable intention de percer par tous les moyens n’hésitent pas à toucher à de multiples genres, le résultat n’étant que rarement au rendez-vous. Afin d’illustrer ces propos, on vous invite vivement à aller écouter les titres du duo trap C.o.R & Crank qui sont particulièrement jouissifs !

Afin de découvrir la scène électro azérie en quelques dizaines de minutes, voici les morceaux que nous avons retenus pour vous : Playlist Azerbaïdjan. Bonne écoute et surtout, bon voyage !